PASSIONNÉMENT © Delphine Micheli
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PASSIONNÉMENT – LA DANSE AU RYTHME DU SOUFFLE DE LA POÉSIE DE GHÉRASIM LUCA.

PASSIONNÉMENT © Delphine Micheli
PASSIONNÉMENT © Delphine Micheli

C’est une pulsation au tout début, comme un souffle, comme une respiration, comme un halètement. Puis peu à peu les mots arrivent et les corps se mettent en mouvement.
C’est une chorégraphie sur une poésie interprétée par trois danseuses et un guitariste qui nous entraine dans une étrange et magnifique déclaration d’amour, texte du poète Ghérasim Luca qui rythme et porte ce spectacle. C’est le rythme du souffle et le souffle des mots qui porte les mouvements des trois interprètes. Danser les mots comme une pulsation. Réciter le texte comme un mouvement. Psalmodier les phrases et les syllabes comme des notes, comme des sons comme une intense vibration.

Dans Passionnément, on fait l’expérience intime de la parole en mouvement. C’est inédit et jubilatoire. Cette « chorégraphie de la parole » ce bégaiement puissant du texte Ghérasim Luca nous parle de nous, de nos émotions, de nos difficultés aussi à les exprimer dans leur intimité pudique, dans leur violence passionnée et cet appel intime et déchirant du langage émotionnel de cette intense déclaration d’amour nous plonge au cœur de notre solitude d’être humain qui cherche désespérément la fusion du collectif.

Maxence Rey, comme toujours, excelle dans cette mise en résonnance, dans ce jeu vibratoire des corps entre pulsion, pulsation et vibration. Elle dit de son spectacle : « …La pièce Passionnément met en jeu la relation entre les tâtonnements et les cris du corps, tant en fragilité et délicatesse, qu’excès et étrangeté ; la relation entre les émotions les plus violentes, de la rage irrépressible à l’amour inconditionnel ; la relation entre le vous, le il et le je dans l’espace intime et collectif… »

Le travail de Maxence Rey va explorer les limites de la chorégraphie et de la performance. Il y a de la spontanéité, du « lâcher prise » qui me rappelle dans certaines postures, dans la décomposition, la déstructuration des mouvements, dans cette lenteur et également ce lien avec le souffle intérieur, une inspiration de la danse Butô.

PASSIONNÉMENT © Delphine Micheli
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L’architecture du spectacle est le texte du poète Ghérasim Luca, poème inclassable, sorte de bégaiement incroyable, fantastique, irrévérencieux on pourrait dire provocateur et cependant c’est un immense message d’amour à l’humanité et à la vie, message d’espoir et finalement très optimiste pour ce poète désespéré.

Ghérasim Luca est né à Bucarest en 1913. Il sera l’un des fondateurs du surréalisme roumain, membre du parti communiste clandestin dans les années 30. Il émigrera en France à partir de 1952 et y vivra jusqu’à son suicide en 1994 à 81 ans. Ghérasim Luca se disait apatride, il a vécu 40 ans « sans papier » en France et a dû régulariser sa situation à la fin des années 1980. Il dira à ce propos qu’il n’y a plus de place pour les poètes dans ce monde… Linda Lê le décrit comme « irréconciliable, il ne se conformait qu’à une règle : rester à l’écart, ne pas se mêler à la tourbe des fauves aux dents longues. »

Ce texte est écrit en français en 1947 avant son installation en France.

A noter également les créations sonores de Nicolas Losson qui joue de la guitare en live avec des sonorités rugueuses et brutes et les créations lumière de Cyril Leclerc qui à partir d’un espace scénique entièrement blanc interviendra petit à petit avec de la couleur sur les corps et sur la scène.

Suite aux représentations des 2 & 3 octobre 2021 au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine
dans le cadre du Festival CorrespondanSe avec le Théâtre de Châtillon

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Festival CorrespondanSe, un parcours en huit temps dédié à la danse européenne.

Le Théâtre de Châtillon et le Théâtre Jean Vilar de Vitry sur Seine s’associent pour CorrespondanSe : un parcours en huit temps dédié à la danse européenne.

Le Théâtre Jean Vilar de Vitry sur Seine et le Théâtre de Châtillon ont sélectionné le meilleur de la création européenne pour un temps fort dédié à la danse. Au sein du premier, Marta Izquierdo Muñoz imagine avec Guérillères « une communauté utopique de militantes ». Christos Papadopoulos, lui, se joue de nos sens dans Larsen C. Modifiant un rythme, un paysage sonore, il transforme notre perception de ce que nous voyons. Avec Passionnément, Maxence Rey s’inspire d’un poème de Ghérasim Luca pour questionner « la nécessité vitale de l’humain à aimer et être aimé ». Fouad Boussouf, qui prendra en janvier la tête du CCN du Havre, replonge dans ses souvenirs d’enfant pour magnifier avec Oüm les chants de la grande Oum Kalthoum.

Burlesque, expérience visuelle et moments partagés

Le Théâtre de Châtillon, lui, accueille Facéties de Christian et François Ben Aïm. Six danseurs-circassiens y jouent de décalages savoureux pour pointer tout l’absurde de la vie ordinaire. Plus tard, Jasmine Morand nous convie à une expérience visuelle et chorégraphique dont elle a le secret : Lumen est une traversée de l’obscurité à l’éblouissement. Quant à Christian Ubl, il s’inspire du carnaval, « rituel nécessaire et salutaire » pour créer La Cinquième Saison. C’est enfin à la Briqueterie que Meytal Blanaru propose Undivided, unissant danseurs et spectateurs dans le plaisir d’être ensemble.

Annonce des représentations des 2 & 3 octobre 2021 au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine
dans le cadre du Festival CorrespondanSe avec le Théâtre de Châtillon

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言葉と動きの交差
マキセンス・レイ「パッションヌモン」

ゴボッ、ゴボッ、ゴロゴロという低い音の中、ハーっと息を吐く音が微かに聞こえる。四角いリノリウムの周りに人影を感じ、エレキギターを弾く男の姿が現れた。
中央の白いスペースに入ることの意味を確認するようにゆっくりと足を踏み入れたダンサーたちが吐く息、そして言葉。ブツ切れの言葉は意味をなすようでなさず、しかし次第に意味を持ってくる。
ゲラシム・ルカの詩「パッションヌモン」の詩の通り、ルカ独特のどもる音を踊りに当てはめると世界が変わる。ダンサーたちはそれぞれが8つの動きを作り、3人合わせて24の動きをルカの詩に当てはめたのだ。
シンプルな動きがシリル・ルクレールの繊細な光に映える。微妙に変化する赤、緑、黄色。声が、息がその中でこだまする。振り付けと音と光の融合をエレキギターの弦が触発し、溶け込む。素敵な作品だった。(6月29日ボビニーMC93/ランコントル・コレグラフィック)

PASSIONNÉMENT © Delphine Micheli
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Intersection de mots et de mouvements
Maxence Rey “PASSIONNÉMENT

On entend un faible son d’expiration parmi le doux bruit de grondements, de grondements et de grondements.
Un homme jouant de la guitare électrique est apparu, on perçoit une silhouette au bord du tapis de danse carré. Déposant lentement leurs pieds, les danseuses pénètrent le centre de l’espace blanc, accompagnées de leurs souffles et de mots incongrus qui ne semblent pas avoir de sens, mais ils en viennent progressivement à en prendre un.
Comme dans le poème “Passionnément” de Ghérasim Luca, le monde change lorsque le son rugissant unique de Luca est appliqué à la danse. Chacune des danseuses interprète huit mouvements, et un total de 24 mouvements s’inscrivent sur la poésie de Luca. Des gestes simples brillent sous la lumière délicate de Cyril Leclerc, changeant subtilement du rouge au vert et au jaune. La voix y résonne. Les cordes de la guitare électrique inspirent et se fondent dans la fusion de la chorégraphie, du son et de la lumière.
C’était un travail merveilleux.

Vu le 19 juin 2021 aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, Bobigny, MC 93

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Rencontres chorégraphiques : PASSIONNÉMENT de Maxence Rey

Enfin sur scène, un trio autour du poème de Gherasim Luca aux effets thérapeutiques.
Passionnément de Ghérasim Luca est un poème aux abords du vertige : des lambeaux de paroles, des mots qui ne cessent de naître dans l’hésitation et la douleur, paroles en quête de consolation, laissant entrevoir les abymes qui ont conduit Luca à choisir de s’en aller prématurément, dénonçant un monde dans lequel « il n’y a plus de place pour les poètes ». Et pourtant, s’il lui avait été donné de voir l’interprétation de ses vers par Maxence Rey, Carlotta Sagna et Marie-Lise Naud, il aurait pu changer d’avis.

PASSIONNÉMENT © Delphine Micheli
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Etreinte, douceur et harmonie, qui dominent cette adaptation musicale et chorégraphique, ne sont pas des motifs ou qualités guidant la fameuse interprétation par le poète en personne. Pour Maxence Rey, le déchirement est au contraire le point de départ, pour arriver à un acte de réconciliation et de guérison, par une écoute mutuelle totale entre les interprètes, la musique jouée live par Nicolas Losson à la guitare électrique et les lumières, qui relèvent ici d’une vraie écriture scénique et dramaturgique. Aussi ce Passionnément est-il en fait un quintet.

« Ne dominez pas vos passions passives », dit le poète. Paradoxalement, cette pièce chorégraphique semble reposer sur un contrôle parfait du moindre geste, du moindre détail, alors qu’elle est portée par un système complexe de gestes qui se combinent de façon presque aléatoire. Tout commence par un premier pied, nu, qui entre dans le cercle lumineux dessiné au sol, avec une délicatesse infinie. Après un long apprivoisement mutuel, chaque geste, chaque regard, chaque pas et chaque toucher prolongent cette quête du sensible, de partage et d’orientation. Jusqu’au bout, jusqu’au chuchotement final : « Je t’aime passionnément. »

Si Luca semble affronter une insaisissable « terrible passion passionnée », le cercle de Rey s’adresse directement à la vie. Le « finir, finir encore » de Beckett s’inverse en une naissance perpétuelle de la parole, motif d’autant plus impératif que lors des représentations clôturant les Rencontres chorégraphiques internationales, Marie-Lise Naud était enceinte. Ensemble, les trois – non, les cinq (en incluant la musique et les lumières) – interprètes font battre leurs cœurs à l’unisson et accordent leur respiration pour livrer un profond message de consolation.

PASSIONNÉMENT © Delphine Micheli
PASSIONNÉMENT © Delphine Micheli

Et ce message tombe à pic. Car le projet de cette pièce a beau être né un an avant le premier confinement [lire notre récit], Passionnément semble conçu pour cette situation particulière, prenant en charge, par une immersion sensorielle, nos besoins et désirs, malmenés et exacerbés par les confinements successifs. Passionnément est bien plus qu’une chorégraphie : une séance de thérapie sensorielle qui s’apparente pour le spectateur à une pratique plutôt qu’à un spectacle. Pas à revoir, mais à revivre. Jusqu’à guérison définitive.

Vu le 20 juin 2021 aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, Bobigny, MC 93

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Maxence Rey – PASSIONNÉMENT

Chorégraphique, textuel également, s’appuyant sur le poème Passionnément, éponyme de la pièce, écrit en 1947 par l’écrivain roumain Ghérasim Luca, le nouvel opus de la chorégraphe Maxence Rey souffle un vent de passion sur le plateau. Fondé sur l’idée de bégaiement et sur le son « pa », le texte de Luca impulse une quête d’amour et de partage que les interprètes du spectacle, Carlotta Sagna, Marie-Lise Naud et Maxence Rey elle-même, ainsi que le guitariste et compositeur électroacoustique Nicolas Losson, chaufferont à blanc. Dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis.

Annonce des trois représentations des 18, 19 et 20 juin 2021 à la MC93 de Bobigny.

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Exister, « Passionnément »

Il existe une pièce, une création chorégraphique. Elle s’appelle Passionnément et c’est une œuvre de Maxence Rey ; mais elle n’a jamais existé devant le public. Elle devait être créée en juin 2020, puis en novembre. A chaque fois les événements ont fait que… Mais la pièce existe ; sans véhémence ni excès, Maxence Rey insiste sur ce point. Alors il faut commencer par là.

A l’origine de la pièce de Maxence Rey, interprétée par Marie-Lise Naud, Carlotta Sagna avec Nicolas Losson à la guitare électrique, il y a un poème-ressac de Gerasim Luca qui roule à l’intérieur d’un seul mot, à partir de la langue elle-même. Un poème qui épuise toutes les significations comprises dans ses treize lettres : Passionnément

Quand on lui demande comment elle a rencontré ce texte, Maxence prend un certain temps pour répondre. « C’est à travers une lecture. Cela remonte au début de ma collaboration avec Les Souffleurs, un collectif d’artistes qui mêle théâtre, danse, film, dans un esprit de recherche transversale. Il nous avait été demandé de travailler la musique du texte. C’est bien plus tard que je l’ai écouté dit par Gerasim Luca lui-même. Cela a donc commencé par une lecture. Une immersion à plusieurs.»

PASSIONNÉMENT © Delphine Micheli
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Mais, pour la création de la pièce, les trois interprètes doivent proférer, tout en dansant, un texte pour le moins complexe dans sa grande simplicité. L’exercice exige une attention particulière. « Tout l’enjeu de Passionnément est de nous l’approprier, de l’ingurgiter, de l’apprendre par cœur. Oralement, quand on l’a en bouche, ce texte emmène beaucoup plus loin qu’à la simple lecture. Il faut le posséder parfaitement, physiquement, pour être libre de jouer avec… Nous l’avons donc appris. Et il est très long, très très long, à s’approprier vocalement. C’est un texte qui laisse très peu de traces. Je reviens au lien avec Les Souffleurs. Nous étions restés deux mois sans le travailler ; et ce qu’il en restait s’est avéré trop superficiel pour s’appuyer dessus. C’est un poème qui nécessite d’accéder à plusieurs couches de mémoire : superficielles puis très très profondes. Il faut donc ménager des périodes de dépôt suffisamment longues pour que son essence se dépose dans la mémoire ». De façon contre intuitive, la dimension gestuelle n’a pas aidé la mémorisation : « avec les danseurs, nous avons créé notre propre musique comprenant des silences, des pizzicati, à l’instar d’une partition, d’une mélodie rythmique devenue commune, et qui a fini par faciliter l’apprentissage. Cela implique que nos mélodies doivent être relativement constantes pour que chacune d’entre nous puisse s’y retrouver. Le geste a pu se relier à ce travail par la suite comme une dichotomie du mot passionnément. Sans devenir, bien sûr, une gestuelle littérale par rapport à ce texte tellement abyssal. Petit à petit, en l’enrichissant, le geste s’est calé sur des moments de mémorisation très prégnants. Mais tout cela est arrivé après avoir éprouvé son oralité ».

Malgré ce défi, la pièce a progressé. Les deux danseuses sélectionnées par Maxence Rey se sont confrontées à ce poème gageure, comme on prend une charge à bras le corps. « Carlotta Sagna est arrivée très vite dans ce projet. Je l’ai souvent côtoyée et c’est une réelle amoureuse des mots. Au-delà de la simple maîtrise comme de la jubilation. Ce n’est pas simplement être à l’aise mais avoir plaisir à mettre en bouche et en corps un texte complexe. Je connaissais Marie-Lise Naud à travers son seul travail de danseuse. Je l’ai découverte dans un spectacle de Pierre Pontvianne, Mass(2018), vu à l’Atelier de Paris. J’ai été très sensible à sa présence. Quand j’ai commencé à réfléchir à la distribution, j’ai vu une vidéo d’une autre pièce, dans laquelle elle s’emparait d’un micro. Sa voix était bien placée. Elle témoignait d’une maturité qui me parlait. Elle s’est montrée immédiatement intéressée par le poème. A mon sens, j’ai visé juste. Plus tard, j’ai appris qu’elle avait suivi un parcours littéraire en parallèle à son parcours de danseuse. »

Le choix musical est rapidement arrêté ; un guitariste, Nicolas Losson qui va porter la musique comme les trois femmes portent la voix de ce texte. Avec cette dimension répétitive, hypnotique, lancinante mais mélodieuse que permet la guitare ; et il n’est sans doute pas indifférent que Nicolas Losson soit aussi compositeur de musique électro-acoustique…

Et puis les évènements ont imposé leur rythme. Les répétitions de Passionnément avec les interprètes avaient débuté en octobre 2019 pour une création prévue en juin 2020 lors des Rencontres chorégraphiques de Seine Saint-Denis qui la coproduisaient. Malheureusement, l’édition 2020 a été annulée à cause du premier confinement. Un report à l’automne 2020, dans ce qui apparaissait alors comme une sorte de rattrapage du festival en dates des 3 et 4 novembre 2020 au Théâtre Jacques Carat de Cachan, puis les 6 et 7 novembre 2020 à La Commune CDN d’Aubervilliers ainsi qu’au Théâtre-Scène nationale de Mâcon le 10 novembre 2020, semblait finalement sourire à la diffusion de cette création.

Les cinq semaines de répétitions qui avaient volé en éclat entre mars et mai 2020, avaient pu être reportées entre juin et octobre 2020, après de savants jeux de plannings avec toute l’équipe et les partenaires. Avec plaisir, Maxence Rey constate alors que la pièce s’est parfaitement « sédimentée » dans les mémoires. « Il restait tout ! Quand nous avons repris, tout était encore là. Mais cet arrêt a permis d’amener une profondeur et une maturation supplémentaire. Je dois dire cependant qu’en mars, il nous restait encore six semaines de répétitions à venir. Nous n’en n’étions pas encore à la fin. Je savais parfaitement où nous allions, mais il certaines parties n’étaient pas finies. »

On connait la suite. La pièce, reprogrammée dans la seconde moitié des Rencontres « en automne », s’est trouvée prise dans le mouvement complexe du second reconfinement. D’abord les changements d’horaires puis, sans appel, le couperet de l’annulation ; une seconde fois !

PASSIONNÉMENT © Delphine MicheliPASSIONNÉMENT © Delphine Micheli

Aujourd’hui il reste une œuvre achevée mais restée dans l’inachèvement un an après qu’elle aurait dû être créée. « Mais, je considère la pièce créée, finalisée, écrite, prête à diffuser. Tout est prêt, fiche technique, plan de feux, plan de son, interprètes. Bien sûr, cela n’empêche pas la frustration de ne pas avoir pu la jouer plusieurs fois devant un large public comme prévu », défend la chorégraphe…

Passionnément fait partie des créations que les Rencontres ont reprogrammées à nouveau pour l’édition 2021. « Entre maintenant et la reprise de la pièce en juin 2021, je vais, de différentes manières, entretenir la flamme, le désir, le vivant de tout cela avec l’équipe, entretenir le lien qui nous unit en prévision de nos retrouvailles au plateau et avec les spectateurs. Par ailleurs, quel que soit le moment de la reprise, le sens de la pièce, lui, demeure inchangé, primordial, vital : notre déclaration d’amour à l’humanité, aux vivants, n’en sera que plus vive ! Cela n’empêchera pas comme je le fais avec toutes mes pièces de peaufiner certains détails, d’apporter une intention supplémentaire, de réajuster des éléments avant la reprise. »

Durant ces bouleversements, la vie des structures continue. Et si les coproducteurs de la pièce restent inchangés, trois des directeurs d’origine seront partis à la fin de l’année 2020. Pour autant, les engagements sont demeurés intacts. « En ce moment de crise, je mesure, à ce jour, la profondeur de liens de confiance que la compagnie a su tisser avec ses partenaires, nous permettant de reporter, voire re-reporter, Passionnément, faire exister dans le partage cette pièce et les autres projets de la compagnie Betula Lenta… Elle chemine avec des femmes et des hommes précieux, intenses, passionnés et vivants, convaincus de la nécessité vitale de l’art dans la construction de l’individu et du collectif, du sens qu’il donne à nos vies. »

PASSIONNÉMENT © Delphine MicheliPASSIONNÉMENT © Delphine Micheli

Reste que la création ne s’arrête pas là. Avant les reports, Maxence Rey réfléchissait déjà à une nouvelle pièce, La Gardienne. Elle aurait dû commencer à y travailler tandis que Passionnément vivait et circulait sur les scènes. « C’est une pièce que je voudrais créer dans un espace naturel. En forêt, dans un jardin… Une idée née d’une rencontre avec une plasticienne qui réalise des sculptures très végétales : des Gardiennes. » Mais l’interruption due à la Covid 19 rend difficile la dynamique de création. « La recherche de coproducteurs pour cette future pièce, La gardienne, commence tout juste. Tant que je n’ai pas fini une création, il m’est impossible d’en construire une autre.

Cela ne m’empêche pas de rêver, de laisser surgir les envies, d’écrire. Les moments de brainstorming avec Amelia [Amelia Seranno, chargée de production et de diffusion] sont importants à ce moment-là et nous permettent de commencer à formaliser les projets que nous soumettrons à nos partenaires.

Malgré les récents vertiges et tremblements vécus, je considère que Passionnément est créé et la porte s’ouvre pour La Gardienne plus concrètement. »

La création n’a jamais été autant un pari nécessaire !

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Le choix musical est rapidement arrêté ; un guitariste, Nicolas Losson qui va porter la musique comme les trois femmes portent la voix de ce texte. Avec cette dimension répétitive, hypnotique, lancinante mais mélodieuse que permet la guitare ; et il n’est sans doute pas indifférent que Nicolas Losson soit aussi compositeur de musique électro-acoustique…

Et puis les évènements ont imposé leur rythme. Les répétitions de Passionnément avec les interprètes avaient débuté en octobre 2019 pour une création prévue en juin 2020 lors des Rencontres chorégraphiques de Seine Saint-Denis qui la coproduisaient. Malheureusement, l’édition 2020 a été annulée à cause du premier confinement. Un report à l’automne 2020, dans ce qui apparaissait alors comme une sorte de rattrapage du festival en dates des 3 et 4 novembre 2020 au Théâtre Jacques Carat de Cachan, puis les 6 et 7 novembre 2020 à La Commune CDN d’Aubervilliers ainsi qu’au Théâtre-Scène nationale de Mâcon le 10 novembre 2020, semblait finalement sourire à la diffusion de cette création.

Les cinq semaines de répétitions qui avaient volé en éclat entre mars et mai 2020, avaient pu être reportées entre juin et octobre 2020, après de savants jeux de plannings avec toute l’équipe et les partenaires. Avec plaisir, Maxence Rey constate alors que la pièce s’est parfaitement « sédimentée » dans les mémoires. « Il restait tout ! Quand nous avons repris, tout était encore là. Mais cet arrêt a permis d’amener une profondeur et une maturation supplémentaire. Je dois dire cependant qu’en mars, il nous restait encore six semaines de répétitions à venir. Nous n’en n’étions pas encore à la fin. Je savais parfaitement où nous allions, mais il certaines parties n’étaient pas finies. »

On connait la suite. La pièce, reprogrammée dans la seconde moitié des Rencontres « en automne », s’est trouvée prise dans le mouvement complexe du second reconfinement. D’abord les changements d’horaires puis, sans appel, le couperet de l’annulation ; une seconde fois !

PASSIONNÉMENT © Delphine MicheliPASSIONNÉMENT © Delphine Micheli

Aujourd’hui il reste une œuvre achevée mais restée dans l’inachèvement un an après qu’elle aurait dû être créée. « Mais, je considère la pièce créée, finalisée, écrite, prête à diffuser. Tout est prêt, fiche technique, plan de feux, plan de son, interprètes. Bien sûr, cela n’empêche pas la frustration de ne pas avoir pu la jouer plusieurs fois devant un large public comme prévu », défend la chorégraphe…

Passionnément fait partie des créations que les Rencontres ont reprogrammées à nouveau pour l’édition 2021. « Entre maintenant et la reprise de la pièce en juin 2021, je vais, de différentes manières, entretenir la flamme, le désir, le vivant de tout cela avec l’équipe, entretenir le lien qui nous unit en prévision de nos retrouvailles au plateau et avec les spectateurs. Par ailleurs, quel que soit le moment de la reprise, le sens de la pièce, lui, demeure inchangé, primordial, vital : notre déclaration d’amour à l’humanité, aux vivants, n’en sera que plus vive ! Cela n’empêchera pas comme je le fais avec toutes mes pièces de peaufiner certains détails, d’apporter une intention supplémentaire, de réajuster des éléments avant la reprise. »

Durant ces bouleversements, la vie des structures continue. Et si les coproducteurs de la pièce restent inchangés, trois des directeurs d’origine seront partis à la fin de l’année 2020. Pour autant, les engagements sont demeurés intacts. « En ce moment de crise, je mesure, à ce jour, la profondeur de liens de confiance que la compagnie a su tisser avec ses partenaires, nous permettant de reporter, voire re-reporter, Passionnément, faire exister dans le partage cette pièce et les autres projets de la compagnie Betula Lenta… Elle chemine avec des femmes et des hommes précieux, intenses, passionnés et vivants, convaincus de la nécessité vitale de l’art dans la construction de l’individu et du collectif, du sens qu’il donne à nos vies. »

PASSIONNÉMENT © Delphine MicheliPASSIONNÉMENT © Delphine Micheli

Reste que la création ne s’arrête pas là. Avant les reports, Maxence Rey réfléchissait déjà à une nouvelle pièce, La Gardienne. Elle aurait dû commencer à y travailler tandis que Passionnément vivait et circulait sur les scènes. « C’est une pièce que je voudrais créer dans un espace naturel. En forêt, dans un jardin… Une idée née d’une rencontre avec une plasticienne qui réalise des sculptures très végétales : des Gardiennes. » Mais l’interruption due à la Covid 19 rend difficile la dynamique de création. « La recherche de coproducteurs pour cette future pièce, La gardienne, commence tout juste. Tant que je n’ai pas fini une création, il m’est impossible d’en construire une autre.

Cela ne m’empêche pas de rêver, de laisser surgir les envies, d’écrire. Les moments de brainstorming avec Amelia [Amelia Seranno, chargée de production et de diffusion] sont importants à ce moment-là et nous permettent de commencer à formaliser les projets que nous soumettrons à nos partenaires.

Malgré les récents vertiges et tremblements vécus, je considère que Passionnément est créé et la porte s’ouvre pour La Gardienne plus concrètement. »

La création n’a jamais été autant un pari nécessaire !

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Rachid Ouramdane collabore avec la compagnie XY pour leur spectacle “Möbius”, avec en tête l’image des vols d’oiseaux, les murmurations. Maxence Rey a été bouleversée par le poème de Ghérasim Luca “Passionnément” et le chorégraphie. Rodolphe Burger sort son nouvel album “Environs”.
[…]
Maxence Rey, chorégraphe, danseuse. Sa création PASSIONNÉMENT est présentée les 06 et 07 novembre au CDN La Commune (Aubervilliers) dans les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis : un trio de danseuses (Carlotta Sagna, Marie-Lise Naud, Maxence Rey) avec un musicien live, imaginé à partir du poème éponyme de Ghérasim Luca, issu du recueil Le chant de la carpe (éd. José Corti, 1947). Cet immense poème de bégaiement génial et moqueur où la langue s’étourdit, vertigineuse et insolente, sinueuse et inspirée, est une déclaration d’amour. Aimer et être aimé, c’est cette nécessité vitale de l’être humain tâtonnant qui donne corps et souffle au poème ici incarné. Avec sa compagnie Betula Lenta, Maxence Rey fait jouer la danse et la poésie sonore, avec l’écho d’une guitare électrique brute, lancinante, magnétique.
[…]

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Maxence Rey, Passionnément

À l’heure où nos sociétés sont en feu, en mal de sens, de douceur et d’amour, les mots du poète Ghérasim Luca offrent un terrain de jeu idéal à la chorégraphe Maxence Rey pour questionner les démesures et failles humaines, la nécessité vitale de l’humain à aimer et à être aimé. Sa nouvelle création PASSIONNÉMENT donne corps et voix au poème éponyme de l’auteur roumain à travers un trio féminin et un musicien live. Cet entretien avec Maxence Rey est l’occasion d’aborder les réflexions qui circulent à l’intérieur de sa recherche chorégraphique et de revenir sur le processus de création de sa dernière pièce PASSIONNÉMENT.

Depuis la création de votre compagnie Betula Lenta en 2010, vos recherches semblent se matérialiser différemment selon chaque projet. Retrouvez-vous des fils rouges de pièces en pièces ?

Mon fil rouge est avant tout la question de l’humain dans ses parts d’ombre et de lumière : ce monstrueux et merveilleux humain à l’animalité enfouie et à fleur de peau. Au fil de mes créations chorégraphiques, je poursuis l’exploration de l’imperceptible, du frémissement, du sensible, en faisant émerger des états de corps singuliers, où l’humain côtoie l’inhumain, l’informe le charnel, le tout en prise avec la souveraineté du fantasme. La danse est organique, le mouvement minimaliste, la présence puissante, les pulsions agissant de l’intérieur. Le tout avec étrangeté, suggestion, mystère, et une teinte d’humour. Les corps, aux présences singulières, sont donnés à voir pour ce qu’ils sont dans un rapport profond à la présence et à la singularité de chacun.e des interprètes. Les spectacles s’adressent à l’intime du spectateur. Ils convoquent en lui des émotions, des images, des sensations et des savoirs qui l’habitent profondément. La frontière est souvent ténue entre beauté et effroi, entre excès et retenue, permettant de guider les regards dans des contrées imaginaires questionnant l’humain et ses métamorphoses. De pièce en pièce, à travers une danse de l’intime ouvrant et œuvrant sur le collectif, je travaille avec un souci permanent d’exploration. Dans un langage corporel singulier, faire que l’écriture chorégraphique soit sans cesse questionnée, interrogée, renouvelée en privilégiant une pluralité des sens, des genres et des nourritures sensibles.

Le Qi Gong occupe une place importante dans votre vie de danseuse. Cette pratique se matérialise-t-elle dans votre travaille chorégraphique ?

Je pratique le Qi Gong – Nei Gong – art interne énergétique chinois – depuis 2004. Cette pratique, reliée à l’exploration d’un corps sensible, subtil et à une grande intériorité, devient inséparable de mon chemin artistique et infuse toutes mes créations et actions de transmissions, dans une manière d’habiter son propre corps, dans une immense porosité à notre monde et à la nature. Le solo Anatomie du Silence créé en 2017 est à mon sens ma pièce la plus « Qi Gong » de mon répertoire.

Au regard de vos dernières pièces, nous pouvons constater un intérêt extrêmement forts avec l’histoire de l’art.

En effet mon lien aux arts plastiques, arts visuels et beaux-arts est très prégnant. La pièce CURIOSITIES (2014) est par exemple, directement reliée à l’univers du peintre Jérôme Bosch et Le Moulin des Tentations (2016) s’inspire des différentes représentations des Tentations de Saint-Antoine et des kermesses de villages débridées dans l’histoire de l’art. C’est souvent depuis l’observation picturale et visuelle que s’ouvrent les questions que j’active sur le plateau du théâtre. Cette relation peut devenir enjeu scénographique et dramaturgique, comme c’est le cas dans Anatomie du Silence. Cyril Leclerc, créateur lumière complice depuis la création de la compagnie, est aussi plasticien-artiste visuel. Dans son travail, la lumière est toujours envisagée comme une matière plastique malléable, organique et scénographique. L‘organique est convoqué pour en faire surgir une vibration, une pulsation, du vivant mais aussi et surtout pour fabriquer de l’hybridité, de la transformation.

Votre recherche trouve également énormément de ramifications avec la poésie, en témoigne votre nouvelle création PASSIONNÉMENT qui emprunte son titre et sa dramaturgie à un poème de Ghérasim Luca. Comment avez-vous découvert ce poème ? D’où vient cet intérêt pour ce poème en particulier ?

Ma collaboration depuis 2004 avec le collectif d’artistes Les Souffleurs commandos poétiques a bien sûr développé ma sensibilité à la poésie textuelle. C’est d’ailleurs auprès d’eux que j’ai découvert ce poème Passionnément de Ghérasim Luca en 2005. J’ai eu l’occasion de l’apprendre, le faire apprendre, le mâcher, le re-mâcher, le dire, le partager dans différents contextes, etc. Par son phrasé très syncopé, ce texte d’une grande physicalité agit telle une forge intérieure. Je me souviens à sa première lecture avoir été gagnée par une profonde émotion. Était-ce la difficulté à dire Je t’aime passionnément ou la décharge de pouvoir le dire qui m’avait bouleversée ? Était-ce le fait que cette déclaration d’amour soit universelle qui me touchait autant ? Je me souviens encore d’une impression de folie, de délire fantastique. Tous ces tours et détours, pour pouvoir dire Je t’aime passionnément m’ont alors paru vertigineux !

Quel potentiel chorégraphique avez-vous vu dans dans l’écriture de Ghérasim Luca ?

À travers une langue bégayante, fulminante, absurde, loufoque, impertinente, piquante, Ghérasim Luca nous livre toute la complexité à dire Je t’aime passionnément. Il nous en donne toute la puissance et démesure. Il nous fait traverser les méandres de la pensée, ses belles échappées et libres associations. Il met en partage une langue passionnelle, nous donne à entendre les tâtonnements d’une parole primitive avec l’irruption de cette parole dans la bouche émue de l’humain. À son contact, cette sensation ambigüe d’extravagance et d’étrangeté ne m’a jamais quittée. Aujourd’hui je donne corps, voix, musique, lumière, dans ce que cette sensation de difficulté à dire et de libération a déposé en moi. À l’heure où nos sociétés sont en feu, en mal de sens, de douceur et d’amour, ce texte m’offre le terrain de jeu idéal pour questionner les démesures et failles humaines, la nécessité vitale de l’humain à aimer et à être aimé, dans ce besoin incisif, insolent et vital de dire Je t’aime passionnément.

Comment avez-vous « transposé » ce texte en partition corporelle ?

J’ai pris ce poème comme le socle d’une partition à incarner étapes par étapes, en gestes, en voix, en musique, en lumière, en espace… C’est la première fois que je prends appui sur un texte d’un point de vue dramaturgique. Une de mes préoccupations majeure étant de parvenir à donner à voir et à entendre le tout dans une très grande simplicité. Ce texte étant abyssal, chercher à le transposer en une partition corporelle littérale m’est assez vite apparu comme un écueil. Par contre, se servir de l’état de corps qu’il génère en diction a été un point de départ. À travers une certaine abstraction de gestes, je fais surgir une organicité et des états de corps, dans un infini nuancier allant de l’incisif tranchant au doux généreux, de l’incisif doux au tranchant généreux. À l’image de la langue bégayante et tâtonnante de Ghérasim Luca, la danse prend appui sur des corps vibratoires, tant calmes que tempétueux, avançant vers le Je t’aime passionnément libératoire, en prenant des voies improbables et complexes pour y parvenir. L’enjeu était de créer alors un corps du bégaiement, un corps fragmenté avançant dans une recherche d’unité, un corps en prise entre gestes et mots, entre répétitivité, variations, rage, stupeur, jubilation et lyrisme, dans une transposition de la pensée de Ghérasim Luca.

Vous partagez le plateau avec les danseuses Marie-lise Naud et Carlotta Sagna. Pouvez-vous revenir sur le processus de travail avec ces 2 interprètes ?

Dès le début du processus, il était très clair que l’enjeu était de me relier à des danseuses à l’aise dans la voix, et surtout amoureuses des mots, prêtes à plonger dans les arcanes de ce texte. L’apprentissage du texte Passionnément est très long. C’est un texte qui évolue sur de nombreuses strates. J’ai adapté les temps de répétitions pour qu’entre chaque période la sédimentation puisse avoir lieu et que le texte agisse en souterrain même inconsciemment. L’incorporer donc, le digérer dans ses multiples couches et sous-couches, pour en saisir toutes ses saveurs et jouer avec. L’enjeu était aussi de me relier à des artistes accomplies, aventurières complices, au sens d’exploratrices, du corps et de la voix, creusant les tréfonds de l’être tout en cherchant l’élévation et la jubilation. Il s’agit de ma première collaboration avec Marie-lise Naud et Carlotta Sagna. Nous sommes toutes les trois très différentes dans nos singularités de présences. Dans ce travail de canons, rebonds, unissons…, j’explore l’unité, le semblable et le distinct. Pour renforcer cette idée, j’ai fait le choix de 3 femmes d’âges différents – trentaine, quarantaine, cinquantaine – , de même taille, chacune reliée à une profondeur d’être, dans une exigence et générosité vive.

Ce n’est pas la première fois que votre travail prend la forme d’un trio féminin : votre pièce Sous ma peau créé en 2012 mettait déjà en scène trois femmes.

En effet ce premier trio de femmes marque le socle de mon questionnement du féminin dans notre société. Cette pièce s’inspirait de l’histoire des représentations du corps féminin à travers les âges dans ses multiples représentations tant réelles que fantasmées, et à travers l’iconographie des nus en Occident, tant en sculpture, peinture, qu’en photographie. Mon exploration du féminin se base sur une approche non pas militante mais politique : comment s’orienter sous cette chair ? Comment se délivrer et se rendre à soi-même, se décliner ? Comment laisser entrevoir « sous la peau » les facettes et identités multiples entre visible et invisible ?

Comment avez-vous appréhendé le texte Passionnément avec les danseuses ? Quelle place leur avez-vous laissé lors du processus de création ?

Dès le démarrage des répétitions, il nous a fallu plonger dans le texte, s’y perdre, l’ingurgiter, le digérer, pour l’incorporer et inventer la base d’une écriture chorégraphique commune et abstraite. Nous avons abordé ce texte comme une partition de musique tant dans le corps que dans la voix, pour en saisir sa rythmique, s’approprier ses silences, percevoir l’invisible qu’il génère. L’endroit de la parole et de l’échange au cours du processus est primordial : j’ai fait le choix de travailler avec des artistes confirmées et exigeantes, je me fie à leurs sensations, impressions, ressentis. J’arrive avec des intentions spécifiques, des cadres d’improvisations précis, mais nous explorons et inventons ensemble la matière chorégraphique. Dans les univers immersifs que nous créons, les complices au son et à la lumière sont présents dès le démarrage des processus de création, permettant alors de développer un langage qui articule profondément les trois éléments : mouvement, son et lumière ; chacun se mettant au défi d’aller chercher dans sa pratique respective une force et une radicalité ; entretenant un dialogue permanent de tension rythmique, spatiale, sensible et poétique.

L’écriture chorégraphique de PASSIONNÉMENT s’est étroitement développée avec la partition musicale du compositeur électroacoustique Nicolas Losson. Pouvez-vous revenir sur le processus musical de PASSIONNÉMENT ?

Parmi les évidences qui se sont imposée au début du processus de création, il y avait celle de la présence au plateau d’un guitariste. J’entends, depuis le début de mes réflexions sur le projet, une guitare électrique, aux sonorités brutes, lancinantes, hypnotiques, douces et mélodieuses. Nous avons cherché avec Nicolas des analogies de formes, des correspondances musicales, des équivalences auditives, cherché à transposer de manière sonore l’effet que le texte produit sur l’auditeur. Par exemple, le travail de la métamorphose que le poète opère avec le langage appelle naturellement un travail de morphologie sonore de l’ordre d’une transformation. Nous cherchons à placer le spectateur en situation d’écoute, à multiplier les sollicitations, à créer des micro-variations et du silence.

Comment avez-vous articulé cette co-écriture entre danse et musique ?

Nicolas Losson a été présent depuis le début du processus, sur chacune des périodes de répétitions : il nous regarde, nous écoute, improvise en même temps que nous. L’écriture musicale a pris forme au fur et à mesure du processus. Au début du processus, il accompagnait la guitare électrique d’un univers électro-acoustique qu’il composait en parallèle, à l’ordinateur. Nous nous sommes rendus compte que cette quatrième voix ne devait être portée uniquement que par le jeu en live de Nicolas à la guitare électrique. Cette « contrainte » et « économie » de médium a permis de déployer une autre inventivité dans la composition musicale et dans la présence scénique de Nicolas. Il s’agit pour nous de tisser un dialogue entre le son et les corps/voix. Parfois proches, au contact, parfois légèrement à distance, ils se suivent et se poursuivent l’un l’autre, dans un jeu passionné d’attraction et de désir.

L’artiste visuel et créateur lumière Cyril Leclerc signe l’espace de PASSIONNÉMENT. Pouvez-vous revenir sur votre collaboration ?

Cyril Leclerc est complice de la compagnie depuis 2010 et déploie son univers singulier et sensible sur chacune des créations. Notre collaboration est une grande aventure artistique et humaine. Dans PASSIONNÉMENT, la notion de « cible mouvante » a été l’un des axes de travail de Cyril : une même matière toujours présente mais jamais immobile, impermanente et en constante altération, tendant vers une certaine épure. Face à la radicalité de ce texte, il m’est apparu nécessaire d’être dans une forme de radicalité, aussi bien gestuelle que plastique. Nous avons fait le choix d’investir une surface blanche au sol, un carré de 6 mètres par 6 mètres dans lequel apparaît petit à petit la couleur accompagnant la métamorphose des corps. L’idée était de déployer un espace immersif sollicitant les sens et permettant de faire s’envoler les imaginaires de chacun, d’appréhender encore et encore une sculpture globale de la situation au plateau, dans l’extrême attention aux états de corps, à la création musicale, au design lumineux, aux costumes de Sophie Hampe…

PASSIONNÉMENT donnera lieu à deux « extensions » hors plateau. Ce n’est pas la première fois que votre travail sort de la boîte noire. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ces « déplacements » ?

Ce mot « déplacement » est un bon qualificatif. Faire un pas de côté, ne rien figer, laisser respirer, pour continuer à inventer, nourrir une matière, entretenir un lien, créer, cheminer, explorer inlassablement avec curiosité et émerveillement. Certaines pièces chorégraphiques conçues pour le plateau, telles Les Bois de l’ombre, première pièce de la compagnie créée en 2010 et CURIOSITIES appellent aussi d’autres espaces de représentations et se permettent de sortir de la boîte noire. Ces formes chorégraphiques tout terrain se déploient dans des espaces atypiques permettant d’aller à la rencontre des publics dans une grande proximité et d’appréhender autrement les lieux de représentations. J’aime me relier alors à l’architecture, aux paysages, aux environnements sonores, en générant un rapport sensible et singulier entre les corps dansants et les espaces dans lesquelles les pièces s’inscrivent : friche, musée, centre d’art, galerie, parc – jardin – forêt, appartement, bibliothèques, places publiques, etc. Chaque performance est spécifiquement ré-habitée in situ et permet ainsi une nouvelle appréhension des pièces, proposent au public une attention autre, un regard différent de celui qu’il aurait pu porter dans une salle de spectacle.

Savez-vous déjà comment ces deux « extensions » vont-elles prendre formes ?

Le projet global Passionnément m’est apparu dès le début de mes réflexions comme un triptyque, composé de trois créations, trois déclarations d’amour indépendantes les unes des autres : PASSIONNÉMENT, une création pour la boîte noire du théâtre avec trois danseuses et un guitariste, PASSIONNÉMENT CHORUS, une création participative pour l’espace public avec trente adultes amateurs et PASSIO.PASSION, un duo tout terrain entre une danseuse et un musicien. Au cœur de chacune des ces trois créations, une déclaration d’amour tendre et incisive, en corps, en voix, en musique, avec le même socle de travail : le texte Passionnément de Ghérasim Luca. Il est essentiel pour moi de sans cesse questionner l’écriture chorégraphique, de l’inscrire dans d’autres espaces que celui de la boîte noire afin de révéler d’autres niveaux de lectures. PASSIONNÉMENT CHORUS est une aventure collective formant un chœur en corps et en voix de trente amateurs passionnés, femmes et hommes adultes de tous âges, dans le partage d’une tendre et incisive déclaration d’amour collective pour l’espace public. PASSIO.PASSION duo est une déclaration d’amour vagabonde, un duo entre une danseuse et un musicien à la guitare électrique, une petite forme chorégraphique et musicale tout terrain permettant de se relier, in situ, à des lieux atypiques, autres que les plateaux des théâtres, tels que des espaces en plein air, des bibliothèques, des maisons de la poésie, centres d’art, musées…

Le confinement a automatiquement mis en stand-by vos projets en cours, notamment les répétitions et la création de PASSIONNÉMENT. Comment cet « arrêt brutal » a-t-il perturbé la création ?

Au moment du confinement, nous étions en pleines répétitions. Il nous restait encore six semaines avant la création en juin aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis. Autant dire que l’effet de sidération m’a totalement coupé les ailes, comme la plupart d’entre nous. Pendant un bon moment, il m’a été impossible de convoquer intérieurement le processus de création dans lequel nous étions. L’endroit de la créativité, de la dynamique, du désir a été fauché en plein vol. Je n’ai pas lutté contre, ne m’en suis pas inquiétée et me suis plutôt positionnée en tant qu’observatrice de ce processus. Il a été assez fascinant d’étudier comment, au bout d’un moment, le germe de la créativité est revenu, la manière dont il s’est insinué dans mes rêves, la manière dont mon intériorité s’est remise en mouvement petit à petit à cet endroit intime de la créativité. Pendant tout ce temps aussi, l’équipe de PASSIONNÉMENT est restée très soudée et reliée. Les relations avec tous les partenaires théâtres, institutions et mécènes, ont aussi été très présentes et fortes.

Comment la compagnie a-t-elle vécue le confinement ?

Comme pour bon nombre de compagnies, la période du confinement a été un temps très actif sur le plan administratif, organisationnel et coordination des projets, notamment dans les « jeux » et enjeux de projections à court et moyen terme, les multiples hypothèses calendaires que nous avons dû déployer. Pour le coup, avec ma complice Amelia Serrano au développement, production, diffusion de la compagnie, nous avons fait preuve d’une force d’inventivité assez désarmante ! Le paradoxe était ce temps très actif dans un immobilisme forcé. La cadence des répétitions, des spectacles, des ateliers de pratique, des rencontres, a fait place à l’attente des décisions souvent paradoxales de nos gouvernants et à la crainte d’une seconde vague, toujours présente à ce jour. Cette période m’a permis encore plus de mesurer les liens d’interdépendances entre les différents acteurs culturels et artistiques que nous sommes ; ces liens de coopération et de complicités sont des entités vivantes dont il faut continuer à prendre le plus grand soin. Je me rends compte aussi à quel point les partenariats durables, complices, profonds, que la compagnie a développés au cours de ses dix années d’existence, prennent toute leur mesure, force, ampleur dans cette crise. Une évidence, une certitude renforcée en ces temps : la primauté du dialogue et de l’attention entre compagnies et partenaires, entre artistes et équipes administratives, pour éviter l’isolement.

Comment s’est passée la reprise des répétitions avec l’équipe artistique ?

Nous avons pu reprendre les répétitions de PASSIONNÉMENT début juin avec toutes les précautions d’usage. Ça a été une réelle joie de se remettre au travail tous ensemble dans les lieux partenaires complices. Joie de se remettre en mouvement, en désir, en corps, en voix. D’être reliés en présence physique directe. En ces temps d’incertitudes, notre déclaration d’amour passionnée n’en est que plus vive dans ce besoin essentiel d’être reliés. Nous avons hâte des retrouvailles avec les spectateurs. Le confinement m’a permis de laisser sédimenter encore plus la matière chorégraphique de PASSIONNÉMENT, la rendre encore plus profonde et fertile, de laisser émerger, révéler des éléments auxquels je n’aurais peut-être pas pensé. Le confinement a ainsi offert au processus de création un réel temps de dépôt et de maturation.

Cette crise sanitaire va-t-elle engendrer sur le long terme des conséquences sur vos prochaines productions ?

Même si je pense que la compagnie s’en sort sans trop de dommages, en cette rentrée de septembre 2020, nous mesurons déjà des conséquences à moyen terme notamment sur des partenariats qui étaient en train de se tisser et qui sont à priori reportés, sans trop savoir s’ils se concrétiseront un jour. Des productions futures se décalent aussi dans le temps. Nous restons quand même dans un brouillard épais, et réussir à maintenir un équilibre, savoir quelles décisions prendre reste bien sûr délicat. Face à une menace pandémique, notre fragilité est d’autant plus vive. Nous n’avons quoiqu’il en soit pas suffisamment de distance sur ce que nous vivons aujourd’hui, sur ce que cette crise sanitaire engendre et engendrera, pour être en mesure d’appréhender, voire même d’imaginer les conséquences à plus long terme sur la compagnie Betula Lenta, sur le secteur culturel français, sur notre société et notre monde. Cette incertitude quotidienne, il me semble qu’il est désormais important de l’accueillir et d’être profondément solidaires les uns des autres.

Comment le confinement a-t-il bouleversé votre pratique ? Cette période a-t-elle générée de nouvelles questions, réflexions, amené à reconsidérer votre pratique ou votre recherche ?

Traversée par cette crise sanitaire sur laquelle nous n’avons que peu de prise, j’aime convoquer l’image du roseau flexible : contre vents et marées, ployer sans casser. Et surtout, retirer de ces temps troubles, anxiogènes, inconnus : une lumière, un apprentissage sur soi-même. Continuer à rêver, à explorer, à expérimenter de nouveaux modes de rencontres et partages pour être dans le collectif. De tout temps, quelque soit les crises traversées, l’artiste se transforme telle ses œuvres. Les métamorphoses sont là. C’est le principe même du Vivant. Continuer inlassablement de penser, partager, créer… Au premier jour du confinement, une nécessité absolue a surgi en moi et est devenue au cours des 55 jours un rituel. M’immerger chaque matinée dans la lecture de textes de poésie d’auteur.e.s du monde entier. Glaner chaque jour une pépite, LE texte qui résonnera selon l’état intérieur du jour, selon cette météorologie intime du corps en ces temps étranges. Et associer ce texte à un autre trésor : une image, une photographie, peinture, dessin, gravure… J’ai aussi partagé avec quelques cercles intimes cette démarche et petit à petit ces cercles se sont élargis, ouvrant et œuvrant sur le collectif. Avec un peu de distance, en re-parcourant les 55 vignettes, je mesure à quel point la nature est présente dans mes choix. Le rapport à une profonde intériorité de l’être, à une organicité en lien avec le vivant, le rapport de l’être à la nature, le rapport aux autres : d’être à être. Ces 55 vignettes feront sans doute l’objet d’une création artistique, un jour, peut-être ?

PASSIONNÉMENT, Chorégraphie Maxence Rey. Interprètes Marie-Lise Naud, Maxence Rey et Carlotta Sagna. Composition musicale, interprétation live Nicolas Losson. Création lumières Cyril Leclerc. Régie son Hervé Le Dorlot. Costumes Sophie Hampe. Regard extérieur Corinne Taraud. Développement, production, diffusion Amelia Serrano. Photo © Delphine Micheli.

Du 13 octobre au 12 décembre, les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis présentent une partie des spectacles annulés au printemps dernier. Le festival a souhaité donner la parole aux artistes et faire la lumière sur les créations reprogrammées pour cette édition automnale. Maxence Rey présentera PASSIONNÉMENT les 6 et 7 novembre à La Commune à Aubervilliers.

Propos recueillis par Wilson Le Personnic

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Les Rencontres chorégraphiques en automne : une première !

Une bonne partie de l’édition 2020 a pu être reportée. Du 13 octobre au 12 décembre, une vraie alternative au Festival d’automne.
A circonstances particulières, rencontres particulières. De sa programmation prévue en mai et juin, Anita Mathieu a pu sauver douze propositions, aussi diverses et coloriées que notre planète, pour une édition automnale de ce festival, habituellement si printanier réalisé au moment de la mise en place de cette édition].
On ne tentera pas ici de dire que c’est l’essentiel qui a été sauvé. Les autres compagnies invitées, celles qui devaient venir du Liban, du Nigeria, du Canada ou d’Australie le sont tout autant, pour nous-mêmes et pour les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis.

Mais l’édition 2020 reste internationale, même si à la suite du confinement et tenant compte des restrictions dans la liberté de circuler, à commencer par la fermeture de certaines frontières, il fallait s’adapter aux possibilités restantes. Nous verrons donc des artistes vivant en France, Belgique, Italie et Suède, et c’est déjà assez compliqué à réaliser. Les propositions annulées seront, si les circonstances le permettent alors, réinvitées pour l’édition 2021.

De découvertes en retrouvailles, beaucoup des chorégraphes que nous espérons finalement voir en Seine-Saint-Denis nous ont déjà offert de riches et beaux moments, et on suivra avec attention les nouvelles étapes dans les parcours de Julie Nioche, Lara Barsacq, Ula Sickle, Maxence Rey, Meytal Blanaru, Marco d’Agostin et Pol Pi qui s’entoure de Jean-Christophe Paré et Solen Athanassopoulos, une jeune hip-hopeuse de Pantin. Moins connus, mais non moins susceptibles de nous passionner : Youness Aboulakoul, Smaïl Kanouté, Benjamin Kahn et Cassiel Gaube.

Parmi ces pièces, dont plusieurs seront créées au cours des Rencontres chorégraphiques, on trouve des univers reflétant des questionnements plutôt intimistes (Aboulakoul, Blanaru, Nioche, Sickle), ce qui n’exclut pas la création de chorégraphies spectaculaires et d’images envoûtantes.

D’autres posent un regard sur des faits de société et leurs identités qui se définissent entre histoire et réalité politique. Chez Pol Pi, il s’agit de regarder à quoi ressemblait le monde, dans l’année et à l’endroit où on est né.e, alors que Smaïl Kanouté crée un trio de danse, pour parler de la réalité sociale vécue par les populations de descendance africaine, de la Goutte d’or au Bronx new-yorkais.

D’autres se placent dans le dialogue avec des univers artistiques, en danse, musique ou littérature. C’est le cas de Maxence Rey qui se laisse porter par les vers de Gherasim Luca. Lara Barsacq livre sa vision d’Ida Rubinstein dans un trio entre danse, théâtre et chant, Marco d’Agostin danse ses souvenirs d’un solo survolté de Nigel Charnock fait de danse, chant et autres folies, alors que Cassiel Gaube se saisit de la musique house et des danses qui la subliment, pour transformer les pas et gestes de cette culture si jubilatoire en une écriture pour la scène.

Et Benjamin Kahn lance l’incroyable Cherish Menzo (on l’a vue dans les pièces très physiques de Jan Martens et de Lisbeth Gruwez) dans un solo où cette danseuse et performeuse foudroyante dialogue avec les stéréotypes de genres et de classes sociales, à partir de l’image de la femme véhiculée par les médias et les clip vidéo…

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Il fallait rêver d’un geste chorégraphique qui fasse permuter en corps dans l’espace, pareil transport d’écriture. Maxence Rey est la chorégraphe d’une telle transposition. On sait son attention inspirée pour les autres arts, peinture, musique, littérature. Son geste est infiniment délicat, aiguisé, rigoureux, en même temps qu’habité, et organique, pour explorer les failles de l’humain.

Annonce, sur le site des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, des représentations du 12 & 13 juin 2020 à la MC93 de Bobigny

Et « Passionnément » danser Ghérasim Luca.

DANSE – Premier rendez-vous du Printemps des Éclats, Maxence Rey a présenté des extraits de sa prochaine création work in progress : PASSIONNÉMENT. Celle qui connaît bien les Éclats chorégraphiques pour y avoir répété son Moulin des Tentations a proposé un projet des plus intriguant. Vite la suite !

pas pas paspaspas pas
pasppas ppas pas paspas
le pas pas le faux pas le pas
paspaspas le pas le mau
le mauve le mauvais pas
paspas pas le pas le papa
le mauvais papa le mauve le pas
paspas passe paspaspasse
passe passe il passe il pas pas
il passe le pas du pas du pape
du pape sur le pape du pas du passe
passepasse passi le sur le
le pas le passi passi passi pissez sur

Elle le connaît par cœur ce poème de Ghérasim Luca publié en 1986 dans le recueil Le chant de la carpe. La première fois que Maxence Rey a délivré cette « immense déclaration d’amour » c’était il y a plus de 10 ans. Plus précisément elle le chuchotait à l’oreille des passants au sein du collectif Les Souffleurs, commandos poétiques dans une » tentative de ralentissement du monde ».

Aujourd’hui Maxence ne chuchote plus. Elle déclame et elle danse Passionnément. « Cette pièce est née d’une nécessité, celle d’accroître l’indice de tendresse collective dans notre société. Je veux emmener le public à cet endroit. » explique t-elle au public venu jeter un Premier Regard sur son œuvre work in progress.

Depuis 4 jours, la chorégraphe francilienne est seule dans la chapelle des Éclats chorégraphiques. Comme à chaque processus de création, en solo et en studio, elle « tire des fils, des questionnements, des interstices, balaye des choses, en renforce d’autres ». C’est cette matière de recherches brute, ses « élucubrations du début du début du début de création » qu’elle va livrer aux spectateurs.

Au son de « pas pas paspaspas pas », elle entame alors sa chorégraphie « abstraite, presque absurde » que lui a inspiré ce texte-déclamation à l’évidente physicalité. Dans un espace restreint, le corps de Maxence s’anime et répond au bégaiement du langage. « J’ai posé sur chacun des mots du poème un mouvement. Le mot « pas » signifie l’ouverture de la main proche des hanches, « Le » correspond à un mouvement de hanche, celui « faux » est lui un petit mouvement du pied gauche. » détaille t-elle en préambule de la restitution. L’exercice, encore embryonnaire, est déjà captivant. Quand elle y ajoute aux gestes la voix ou une musique de Neil Young, il prend encore plus de puissance.

Une spectatrice lui demande, une fois la restitution de 3 courts extraits du PASSIONNÉMENT en devenir, si les danseuses investiront l’espace car si Maxence Rey se dit traversée par le texte de Luca, elle n’en est pas moins restée statique durant toute sa démonstration. « Oui, lui répond-elle, j’ai cette image du début du spectacle où 2 interprètes apparaîtront de profil, en avançant dans une densité du corps avec cette intention d’aimantation pour arriver dans un enlacement. Pour l’instant, le texte m’a obligé à être statique car j’en écris sa grammaire chorégraphique. Vous assistez en quelque sorte à la genèse d’un langage. »

À seulement quatre jours de création, inutile de préciser que PASSIONNÉMENT va muter. Le travail d’intériorité, pierre angulaire de la danse de Maxence Rey, n’est pas encore visible. Manquent aussi à l’appel 2 danseuses et un musicien. Sans parler de tous les atours que sont les lumières, les costumes, etc. Mais un spectateur est d’ores et déjà emballé : « Vous avez fait honneur au poète roumain. En l’état, votre danse m’a fait vibrer ». Maxence Rey sourit, consciente que le chemin est encore bien long avant que Passionnément résonne sur scène.

Présenté à l’automne 2020 au Théâtre Jacques Carat de Cachan, [à la Commune CDC d’Aubervilliers et au Théatre, Scène nationale de Mâcon], il comptera au plateau 3 danseuses et un guitariste électrique [Nicolas Losson]. « Je serai sur scène avec les danseuses Carlotta Sagna et [Marie-lise Naud]. Toutes deux sont à l’endroit de la parole, d’une danse-théâtre qui me convient. »

Passé l’épreuve du plateau, il se peut aussi que PASSIONNÉMENT se décline en une pièce tout-terrain, investissant divers espaces publics en mode solo. Il pourrait même devenir un « immense cri d’amour qui serait porté par plein de gens dans le cadre d’une pièce participative avec amateur.e.s comme un chorus. »

Pour rejoindre le projet, il faudra alors apprendre un peu, beaucoup, passionnément les vers de Ghérasim Luca.

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