Au fil de mes créations chorégraphiques, je poursuis l’exploration de l’imperceptible, du frémissement, en faisant émerger des états de corps singuliers, où la figure côtoie la défiguration, l’informe le charnel, l’humain l’inhumain, le tout en prise avec la souveraineté du fantasme.
La danse est organique, le mouvement minimaliste, la présence puissante, les pulsions agissant de l’intérieur.
Le tout bien sûr avec étrangeté, suggestion, décalage, fantaisie et un surréalisme teinté d’humour.

À travers une organicité fascinatoire, je continue inlassablement de questionner ce mystère propre à chaque être, cette monstruosité humaine à l’animalité enfouie et à fleur de peau.
Dans mes pièces, la grâce reste familière du grotesque et la frontière ténue entre beauté et effroi, entre excès et retenue, guide les regards dans des contrées imaginaires questionnant l’humain et ses métamorphoses.
Dans une mouvance danse-théâtre, à travers des intentions spécifiques dans chacune des pièces, les corps sont donnés à voir pour ce qu’ils sont sans tricherie ni fioriture.
Mon lien aux arts plastiques et visuels, en tant que nourritures sensibles est prégnant. C’est souvent depuis l’observation picturale que s’ouvrent les questions que j’active sur le plateau du théâtre.

Portrait de la compagnie
RTV SLO – Télévision nationale slovène

Simplicité, sobriété, zones troubles et étrangeté sont les maîtres mots que j’utilise dans l’univers des pièces de la compagnie Betula Lenta.

J’interroge l’essence de l’être, notre condition d’être humain, nos passions et comportements, sans cesser de capter avec curiosité les chaos qui nous constituent. Je travaille avec un souci permanent d’exploration, questionnant l’humain dans ses parts d’ombre et de lumière.

Je dévoile des corps sensibles et habités, des corps générateurs de présence, de métamorphose et de fantasme. Le corps pris comme espace de l’imaginaire, de suggestion et de fascination devient support privilégié de narration.
Les corps deviennent le réceptacle et le transmetteur du propos de la pièce, sorte de canal vivant, générateur d’émotions et de partage, sorte d’enveloppe dans laquelle le spectateur peut se glisser, être touché et s’identifier.

Les spectacles s’adressent à l’intime du spectateur, évoquent et convoquent en lui des émotions, des images, des sensations et des savoirs qui l’habitent profondément.

Betula Lenta s’inscrit dans une mouvance danse-théâtre : l’intention est première, le mouvement ne se développe pas « pour lui-même ». Il est toujours porteur et à même de servir le propos dans un rapport profond à la présence et à la singularité de chacun des interprètes.
Sur le plateau, je m’attache à rassembler des êtres dont la singularité, la complicité ou l’antinomie physique, génèrent une force spécifique pour le spectacle donné. Je les appelle mes aventuriers du corps et du vivant. Ils deviennent des archéologues qui partent fouiller, dépouiller, révéler la chair et les corps.

Son, lumière, corps

Le son, la lumière et le corps sont de vrais partenaires scéniques, scénographiques et dramaturgiques.

Ils entretiennent un dialogue permanent de tension rythmique, spatiale, sensible et poétique.

Dans ses extensions rhizomiques, Betula Lenta développe des ateliers de pratique artistique. Je me positionne comme une « passeuse » d’expériences, de sensations, de découvertes, d’intentions, de gestuelles. J’y donne et partage, auprès de professionnels comme d’amateurs, des voies pour le développement d’une gestuelle singulière et d’un type de présence, sur des thématiques en lien avec les pièces : atelier Corps et Féminité, atelier Habiter son propre corps, atelier Habiter les corps de Jérôme Bosch, atelier Corps contenus – Corps débordants, atelier Just Dance, atelier CURIOSITIES chorus.

Dans un désir de sortir les formes chorégraphiques du théâtre, comme pour le solo Les Bois de l’ombre, je propose, depuis CURIOSITIES, des expériences in situ dans les musées, galeries et centres d’art : performances dansées, parcours/conférences dansées (Louvre – Paris, MAC/VAL – Vitry-sur-Seine, Galerie Jean Collet – Vitry-sur-Seine, Musée Villa Médicis – Saint-Maur, Musée des Beaux-Arts – Angers) reliées aux projets CURIOSITIES et Le Moulin des Tentations.

Betula Lenta s’inscrit dans un processus de création, parcouru de formes en devenir et de formes achevées. Certaines pièces se déclinant sous forme de performances et de formes courtes, démultipliant les possibilités de représentation, de rencontre avec les publics.

Faire que l’écriture chorégraphique soit sans cesse questionnée, interrogée, renouvelée en privilégiant une pluralité des sens et des genres, dans un langage corporel singulier.

Une écriture qui se crée au fil de l’eau, au fil du temps, en perpétuel devenir, en perpétuel surgissement, alimentée aussi de rencontres hors champs chorégraphiques comme la poésie, la peinture, les arts plastiques, la musique, le cinéma, le stylisme…

Inlassablement relancer les dés, prendre des risques, se réinventer, cheminer, créer.
Maxence Rey